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    Tu liras ci-après avec grand bénéfice un article du Monde publié mardi 1er mai et mis en ligne ce même jour.
    Il a été écrit par Catherine Vincent, journaliste de ce quotidien.

    En France, les animaux sont encore...des meubles

    Le débat sur le statut juridique des bêtes s'intensifie, mais se heurte aux lobbies des chasseurs et des agriculteurs.

    Un chien n'est pas une chaise. Une évidence ? Ce n'est pourtant pas ce que considère notre Code civil, pour lequel, depuis Napoléon, les animaux sont inscrits dans la catégorie des biens. Et plus précisément des " biens meubles ", objets qui, par leur nature, " peuvent se transporter d'un lieu à un autre ".

    De plus en plus de personnes réclament une réforme de ce statut. D'où un projet d'avis, proposé par le président de la Ligue de protection des oiseaux, Allain Bougrain-Dubourg, qui a été validé en avril 2011 par le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Mais las ! Bien qu'adoptée à l'unanimité par la section environnement, puis validée par le bureau du CESE, cette saisine a été stoppée net, mercredi 25 avril, en raison des violentes tensions qui se sont progressivement instaurées entre naturalistes d'une part, et représentants des chasseurs, pêcheurs et agriculteurs d'autre part.

    " La pression des lobbies a été si forte qu'elle a rendu tout débat impossible sur ce sujet éthique, au point que nous avons dû nous résoudre à faire voter, au sein même de la section environnement, sur la poursuite ou non de la saisine. A une voix près (14 contre 13), celle-ci a été rejetée. Depuis que le CESE existe, cela n'était jamais arrivé ! ", s'indigne M. Bougrain-Dubourg. " Si l'on ne peut pas réfléchir sereinement à des questions de ce type dans une assemblée démocratique comme celle-là, où pourra-t-on le faire ? ", s'inquiète Anne-Marie Ducroux, présidente de la section environnement, qui a dû se résoudre à organiser le vote.

    En dépit d'une proposition de loi déposée, le 3 avril, par le député Jacques Remiller (UMP), demandant à ce que les animaux soient reconnus dans le Code civil comme " des êtres vivants doués de sensibilité ", le temps ne semble donc pas venu de voir s'engager cette réforme.

    Est-ce pour cela, entre autres, que l'enseignement du droit animal reste si peu développé en France ? Moins qu'en Espagne et que dans les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Canada, Australie), et bien moins encore qu'aux Etats-Unis ? L'université Lewis & Clark de Portland, dans l'Oregon, vient d'annoncer le lancement, à l'automne 2012, du premier master au monde exclusivement consacré au droit animal. Et le pays dans son ensemble compte quelque 120 universités - parmi lesquelles Harvard et Stanford - proposant des cours dans cette matière.

    " A la suite de la publication du livre du philosophe australien Peter Singer, Animal Liberation, en 1975, un vaste mouvement en vue de la reconnaissance de droits en faveur des animaux s'est développé en Amérique du Nord ", explique le juriste Jean-Marc Neumann, qui tient un blog exclusivement consacré à ce sujet (Animaletdroit.blogspot.fr). " Par sa nouveauté, son inégalable richesse résultant de sa transversalité - le droit civil, le droit pénal, le droit de l'environnement, le droit administratif, le droit constitutionnel sont concernés - , son originalité, l'apport de notions philosophiques et éthiques, ses opportunités nouvelles de carrière, le droit animal attire, aux Etats-Unis, de plus en plus d'étudiants ", énumère M. Neumann.

    Si Lewis & Clark reste pour le moment la seule université anglo-saxonne à proposer un master dédié à cette discipline, beaucoup d'autres (Melbourne en Australie, Northampton au Royaume-Uni) ont développé des masters en bien-être animal, qui intègrent dans leurs programmes des cours de droit animal. Une tendance que l'on retrouve jusqu'en Catalogne, où la faculté de droit de l'Université autonome de Barcelone a lancé, en octobre 2011, un master interdisciplinaire intitulé " Droit animal et société ".

    Et en France ? Rien ou presque. La faute à Descartes, et à sa philosophie de l'animal machine ? Un peu, sans doute. Mais pas seulement. " Dans le discours philosophique moderne, l'animalité est toujours définie de manière négative, privative, comme un ensemble de manques : comparé à l'homme, l'animal sera dénué d'âme, de raison, de conscience... Au-delà du domaine savant, cette vision privative se retrouve aussi dans nos pratiques. Et ce qui régit nos pratiques, ce sont, pour beaucoup, les législations ", remarque Florence Burgat, philosophe au Centre de recherche Sens, Ethique, Société (CNRS-Université Paris-Descartes) et spécialiste de la question animale. Ce qui nous ramène au Code civil, et à la catégorie des biens mobiliers.

    Jean-Pierre Marguénaud, juriste universitaire à la faculté de droit de Limoges et directeur de la Revue semestrielle de droit animalier, en est persuadé : si l'application des peines relatives aux délits de cruauté reste négligeable dans notre pays, et si l'enseignement du droit animal y est encore embryonnaire, c'est en grande partie à ce statut juridique qu'on le doit. " Il y a en France des textes protecteurs des animaux qui sont assez avancés. Mais les mêmes dispositions protectrices ne seront pas interprétées avec la même force, la même ampleur et la même efficacité dans un système qui continuera à dire que les animaux sont des biens meubles, que dans un système où on a affirmé le contraire ", déclare-t-il. En Suisse, depuis le 1er avril 2003, une disposition du Code civil affirme expressément que les animaux ne sont pas des choses.

    Le futur chef de l'Etat français ouvrira-t-il une réforme similaire ? Et notre pays restera-t-il encore longtemps à l'écart de l'essor que connaît dans le monde entier l'enseignement du droit animal ? Le vent pourrait tourner. Ainsi l'épreuve écrite de l'agrégation externe de philosophie, qui se déroulait le 21 mars, portait cette année sur le thème de l'animal, une première. " C'est un détail, mais quand on sait à quel point le milieu académique est resté longtemps fermé à ces questions, il a son importance ", note Mme Burgat.

    Autre signe annonciateur : M. Marguénaud, qui s'est récemment rendu à l'université de Barcelone, en est revenu avec quelques dépliants sur le nouveau master " Droit animal et société ". " Quand j'ai retrouvé à Limoges mes étudiants en droits de l'homme, ils se sont véritablement rués dessus ", raconte-t-il. La preuve, à ses yeux, que cette question " est véritablement devenue une question de société, et non seulement de lobbies socio-professionnels ".

     


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    Liberté !

    De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?

    De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
    Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?
    De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?
    Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
    L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?
    Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?
    Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
    Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

    Qui sait comment leur sort à notre sort se mêle ?
    Qui sait si le verdier qu'on dérobe aux rameaux,
    Qui sait si le malheur qu'on fait aux animaux
    Et si la servitude inutile des bêtes
    Ne se résolvent pas en Nérons sur nos têtes ?
    Qui sait si le carcan ne sort pas des licous ?
    Oh! de nos actions qui sait les contre-coups,
    Et quels noirs croisements ont au fond du mystère
    Tant de choses qu'on fait en riant sur la terre ?
    Quand vous cadenassez sous un réseau de fer
    Tous ces buveurs d'azur faits pour s'enivrer d'air,
    Tous ces nageurs charmants de la lumière bleue,
    Chardonneret, pinson, moineau franc, hochequeue,
    Croyez-vous que le bec sanglant des passereaux
    Ne touche pas à l'homme en heurtant ces barreaux ?

    Prenez garde à la sombre équité. Prenez garde !
    Partout où pleure et crie un captif, Dieu regarde.
    Ne comprenez-vous pas que vous êtes méchants ?
    À tous ces enfermés donnez la clef des champs !
    Aux champs les rossignols, aux champs les hirondelles ;
    Les âmes expieront tout ce qu'on fait aux ailes.
    La balance invisible a deux plateaux obscurs.
    Prenez garde aux cachots dont vous ornez vos murs !
    Du treillage aux fils d'or naissent les noires grilles ;
    La volière sinistre est mère des bastilles.
    Respect aux doux passants des airs, des prés, des eaux !
    Toute la liberté qu'on prend à des oiseaux
    Le destin juste et dur la reprend à des hommes.
    Nous avons des tyrans parce que nous en sommes.
    Tu veux être libre, homme ? et de quel droit, ayant
    Chez toi le détenu, ce témoin effrayant ?
    Ce qu'on croit sans défense est défendu par l'ombre.
    Toute l'immensité sur ce pauvre oiseau sombre
    Se penche, et te dévoue à l'expiation.
    Je t'admire, oppresseur, criant: oppression !
    Le sort te tient pendant que ta démence brave
    Ce forçat qui sur toi jette une ombre d'esclave
    Et la cage qui pend au seuil de ta maison
    Vit, chante, et fait sortir de terre la prison.

    Victor Hugo


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  • point-de-vue-des-animaux

    Le Point de vue animal, de Éric Baratay, Éditions du Seuil (400 pages, 25 €)

    Le chien est le meilleur ami de l’homme mais l’homme est-il son meilleur ami ? Rien n’est moins sûr, si l’on en juge par les traitements parfois infligés et, dans un autre domaine, la place médiocre que l’histoire et la philosophie réservent habituellement aux animaux. À travers l’exemple des taureaux de corrida, des chevaux de mine ou encore des vaches laitières, Éric Baratay cherche à rendre la parole, ou à défaut leur histoire, aux animaux. Les constituer en sujets, voire acteurs de l’histoire, tel est le défi à relever.

    Renouvelant l’étude traditionnelle de leurs représentations, il propose une histoire des cultures animales qui ne soit plus anthropocentrée. Il s’agit désormais en effet de se pencher sur la construction du sujet animal, de prendre au sérieux l’« expérience vécue », notamment la souffrance et la violence qu’il subit, mais aussi la connivence et la complicité qui peuvent le lier à l’homme.

    C’est afin de mieux rendre compte de l’histoire globale du sujet animal que l’auteur retrace alors l’incessante adaptation des espèces et des individus aux conditions naturelles et humaines. Se fondant sur l’éthologie, la biologie, la zoologie et la psychologie, il parvient à démontrer que l’étude de ce sujet autonome se situe au croisement des sciences naturelles et humaines, passage obligé pour l’historien s’il désire "entrevoir d’autres mondes que le sien" .


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    Bouffeur de salade (130 pages,11€) par Romain Viallard.

    « Bouffeur de salade ! » « Si nous ne les mangeons pas, les vaches vont envahir le monde ! » ou encore : « Et t’as ça depuis longtemps ? » sans oublier : « c’est bien joli, mais qu’est ce que je vais manger si je fais comme toi ? » Voici quatre des multiples réflexions que l’on peut juger, au choix, drôles ou imbéciles, auxquelles le végétarien que
    je suis depuis quinze ans a dû faire face au long de ce qui représente tout de même maintenant la moitié de mon existence. Pas facile d’être végétarien en France.

    […] Pourquoi écrire ce livre ? Je ressens depuis le début de mon engagement végétarien, le besoin de l’expliquer. Pas un dîner en ville où je ne dois me justifier auprès d’un convive de mon choix alimentaire. Le végétarisme est souvent vécu comme une bizarrerie, une excentricité, parfois même comme une agression de la part d’autrui. En effet, qui
    suis-je pour décréter que manger des animaux est quelque chose de mal ?
    Est-ce que je vaux mieux que la masse des omnivores ? N’est-ce pas un peu dédaigneux de refuser de jouer le jeu du groupe et de s’alimenter « comme tout le monde » ?
    […] Vous verrez au fil des pages de ce livre que le végétarisme se vit par étape. Il faut d’abord avoir le déclic, développer son végétarisme.
    C’est une pratique à plusieurs niveaux. Ensuite il faut l’assumer socialement. La dernière étape de ce parcours du combattant (armé de feuilles de salades et de steaks de soja !) est certainement de pratiquer un végétarisme prosélyte, quitte à heurter certains.
    […] Végétariens en devenir, prenez cet ouvrage comme un témoignage de la route qui vous attend. Tout n’est pas rose, mais au moins plus rien ne sera rouge sang.
    Carnivores convaincus, prenez la lecture de ces pages comme une preuve d’ouverture d’esprit de votre part. Sachez que de mon côté, j’ai pour la préparation de ce livre, fait l’effort de converser longuement avec des bouchers, des charcutiers, de regarder de nombreuses vidéos issues d’abattoirs, ou encore de lire des ouvrages critiquant avec ferveur le végétarisme.
    Vous ne faites donc que me renvoyer la pareille, et je vous
    en remercie.


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  • 90__SSCS_crewmember_readies_the_slingshot_to_unleash_red_paint_symbolic_of_blood_on_the_factory_ship_SA7480

     Lettre ouverte de Sea Shepherd France à Alain Juppé, ministre des affaires étrangères 

    Monsieur,

    En réponse à Madame Brigitte Bardot qui vous a interpellé par courrier sur les efforts de Sea Shepherd pour mettre un terme à la chasse illégale pratiquée par le Japon en plein sanctuaire baleinier antarctique, vous répondez par un courrier daté du 10 Février que "… la France ne peut soutenir Sea Shepherd qui semble privilégier les actions qui sortent du cadre de la légalité et des principes essentiels de sécurité en mer". 
    Vous ajoutez plus loin qu’à l’instar des pays les plus "protecteurs" des baleines, la France a condamné "ces pratiques de protestations violentes en mer".

    Nous jugeons utile de préciser Monsieur, que les actions de Sea Shepherd ne sont, contrairement à ce que vous semblez penser, ni de nature protestataire – la protestation est vaine dans le cas présent et nous la laissons  à d’autres - ni de nature violente: en huit ans d’interventions dans le sanctuaire baleinier, Sea Shepherd n’a jamais blessé aucun braconnier bien que ces derniers ne fassent nullement preuve de la même retenue à l’égard de nos équipages. La violence en Antarctique Monsieur est d’une autre nature: elle résonne à chaque coup de harpon explosif dans ce sanctuaire baleinier qui n’a de sanctuaire que le nom.
    Et les actions sortant du cadre légal ayant cours dans cette zone sont les mises à mort répétées de ces baleines vulnérables, comme s’est d’ailleurs récemment plu à le rappeler la Cour de Justice Américaine, interpellée par les baleiniers Japonais sur "nos illégalités".

    Nous entendons donc votre condamnation de nos "actions violentes et illégales" mais sachez bien, Monsieur, que nous ne demandons pas mieux que de vous passer le relais sur cette question.

    La France tout comme de nombreux "pays protecteurs" des baleines sait faire entendre sa voix lorsque ses intérêts sont mis à mal. Il semble malheureusement que la survie des baleines ne  représente pas un enjeu suffisamment important pour que la France fasse preuve de cette même force de persuasion qu’elle déploie pourtant ailleurs. Tout comme les autres "pays protecteurs" des baleines, elle ne juge pas utile de dépasser la vaine protestation contre la chasse baleinière et se contente "d’efforts diplomatiques" qui ont pourtant prouvé leur totale inefficacité.

    Dans un Appel aux Nations, émis récemment et adressé entre autres à la France, nous signifions bien que nous n’avons aucun plaisir ni aucun intérêt à risquer nos vies aux confins du monde, chaque année depuis huit ans pour donner un semblant de réalité à des mesures de protection des baleines mises en place par les "pays protecteurs" des baleines. Dans cet appel, nous spécifions que nous serions heureux de ne plus jamais retourner en Antarctique pour peu que les gouvernements concernés prennent enfin les mesures nécessaires pour faire cesser le massacre illégal des baleines dans ce sanctuaire.

    Sea Shepherd ne réclame pour son compte aucun soutien de la France, ni de nulle autre nation. Nous n’attendons rien d’autre des gouvernements qu’ils ne prennent leurs responsabilités et qu’ils se décident enfin à défendre en mer celles qu’ils défendent avec tant d’ardeur sur le papier.

    Dans cette attente, nous continuerons d’agir en conformité avec la Charte Mondiale pour La Nature des Nations Unies afin de pallier autant que possible au manque de volonté et au manque d’initiative des "pays protecteurs des baleines" dont la France fait partie pour que le jour où la préservation des océans occupera enfin la place qu’elle mérite dans l’ordre des priorités de nos gouvernements… il reste encore quelque chose à préserver.

    Veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de nos  sincères salutations.

    Lamya ESSEMLALI

    Présidente Sea Shepherd France


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